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La Nouvelle Feuille de Route de Politique Étrangère du Kosovo

Par Hashim Thaçi

Article rédigé par le vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères, Hashim Thaçi, pour la London School of Economics

La République du Kosovo a un nouveau gouvernement et son avenir est prometteur. Renforcé par une stabilisation de la politique intérieure en progression, le nouveau gouvernement est bien armé pour atteindre d'importants objectifs pour le Kosovo en matière de politique étrangère, avec notamment un approfondissement de son engagement régional et mondial, la poursuite du dialogue avec les pays voisins, une sécurité nationale plus forte, et une augmentation de la croissance économique impulsée par des investissements étrangers.

La République du Kosovo vient d'adopter un nouveau gouvernement constitué par les deux plus grands partis politiques – PDK et LDK – rejoints par des partis minoritaires, détenant des sièges au parlement. La nouvelle coalition offre une majorité très stable et comprend pour la première fois, des membres de la communauté des serbes du Nord. Au cours du processus menant à l'accord pour former la coalition, qui a mis fin à l'impasse politique du Kosovo, tous les partis ont exprimé un grand respect de la Constitution et des institutions indépendantes du pays, tels que la Présidence et la Cour Constitutionnelle. Par conséquent, malgré de longues négociations, cette période a démontré que le Kosovo a réussi à établir une démocratie stable, qui ne peut pas être menacée par les tensions politiques internes. Fait encore plus significatif, les partis du Kosovo ont réussi à négocier un accord politique sans intervention extérieure – le nouveau gouvernement est un produit véritablement issu d’un dialogue politique local.

Comme le Secrétaire John Kerry l’a souligné dans son allocution, après l’approbation du nouveau gouvernement par le Parlement du Kosovo: "Ce gouvernement de coalition, ainsi que le processus qui a mené à sa formation, témoignent de la résilience et de la vitalité des institutions démocratiques et politiques du Kosovo. »

La force de nos institutions démocratiques a rapidement permis au nouveau gouvernement de focaliser son activité sur les priorités immédiates. Alors que le renforcement de l'économie et la création d'emplois constituent les plus importantes des priorités du gouvernement, j'ai pris le poste de Vice-Premier Ministre et Ministre des Affaires Etrangères avec la conviction que de nombreux objectifs de politique étrangère doivent être traitées afin de faire progresser la sécurité et la prospérité du Kosovo et faire en sorte que le Kosovo prenne légitimement place au sein de la communauté des nations européennes. En particulier:

•    Le processus d'adhésion à l'UE est le volet le plus important de notre programme de réforme interne et externe. Le Kosovo est en passe de signer son premier accord officiel avec l'Union européenne, et nous sommes profondément engagés dans la mise en œuvre de critères à respecter pour la libéralisation des visas avec la communauté de Schengen. Par ailleurs, nous poursuivons la coopération et le dialogue régional avec nos voisins conformément aux critères d’engagements du Kosovo de Copenhague. Le Kosovo a notamment signé de nombreux accords techniques avec la Serbie et s’est activement engagé à clore les chapitres du passé avec nos anciens adversaires. Le dialogue que j’ai mené à Bruxelles a  débouché sur les Accords de Bruxelles ou Premiers Principes de Normalisation des Relations entre la Serbie et le Kosovo. Il ne fut pas aisé de parvenir à des compromis qui permettraient à la fois de garantir des relations souveraines appropriées entre Belgrade et Pristina et d'intégrer la minorité serbe du nord à la société de l'État du Kosovo. Cependant, le Kosovo et la Serbie ont fait preuve de courage en prenant les mesures nécessaires pour aller de l'avant. Bien que certaines de ces mesures aient été mal perçues par les populations du Kosovo et de la Serbie – en particulier, par les forces nationalistes – elles étaient nécessaires pour favoriser un processus rapide d'intégration à l'UE, permettant à ces deux pays de se rapprocher de l'UE d'ici la fin de la décennie.

•    Nous devons poursuivre la création des Forces armées du Kosovo (FAK) comme une force indigène, de petite taille et non-offensive, qui opérera en conformité avec la Constitution et sera placé sous contrôle civil intégral. La mise en place des forces armées du Kosovo, en tant que composante multi-ethnique dans l’architecture de la sécurité du Kosovo et de la région, se basera sur l’Examen Stratégique du Secteur de la Sécurité qui a été mis en œuvre en coopération avec les partenaires de l'OTAN. Fait important, la création de la FAK est une condition préalable à l’intégration du Kosovo au Programme « Partenariat pour la Paix ».  Initier la mise en place de la première relation officielle entre la FAK et l'OTAN est une priorité, et nous travaillons à l’élaboration d’une feuille de route précise pour l'adhésion au Programme « Partenariat pour la Paix ». Ce travail de fond, combiné aux efforts déployés pour faire avancer le processus d'intégration européenne du Kosovo, est en cours de finalisation. Le fort soutien de l’immense majorité du Kosovo dans ces initiatives encourage le gouvernement à continuer à avancer en collaboration avec nos alliés pour apporter cette pièce essentielle au puzzle – qui permettra au Kosovo de passer définitivement du statut d'importateur de ressources sécuritaires à celui d’exportateur de paix.

•    Le Kosovo doit établir un tribunal spécial, avec une chambre dans un pays européen, afin d’appuyer le travail accompli par le Groupe de travail spécial du Groupe de Travail Spécial d’Investigation de l'UE (Special Investigative Task Force - STIF). Le Kosovo a collaboré avec de nombreuses institutions juridiques dans la période d'après-guerre – comprenant notamment, le TPIY, la MINUK et la mission civile d'Etat de droit EULEX – et nous devons poursuivre notre coopération avec ce dernier instrument juridique, qui est soutenu par la communauté internationale, afin de clore le chapitre douloureux de 1999. Il y a seulement 15 ans, les kosovars ont fait l’objet d’une tentative de génocide  de la part d’un régime meurtrier basé à Belgrade. Les temps ont désormais changé, et le Kosovo doit démontrer sa capacité à faire face au passé et rendre justice à toutes les victimes des crimes commis – même si ces crimes auraient été commis par des criminels issus de la communauté majoritaire. Afin de séparer le mythe de la réalité et de déterminer la vérité au sujet de ces allégations, nous devons coopérer pleinement avec le STIF en établissant un tribunal spécialisé pour opérer au sein du système juridique du Kosovo.

•    Le Kosovo doit aussi effectuer sa demande d'adhésion au Conseil de l'Europe (CdE). Mon premier déplacement en tant que ministre des Affaires étrangères fut la visite du Secrétaire Général du CdE, Thorbjørn Jagland. Le Kosovo a adopté ces dernières années une approche pragmatique consistant à accroître progressivement ses relations avec le CdE. Nous sommes devenus membre de la Banque de développement du CdE en 2013, et nous avons également obtenu avec succès l'adhésion à la Commission de Venise du CdE. La prochaine étape logique pour le Kosovo étant de présenter sa demande au CdE lui-même. L'adhésion au CdE est importante non seulement pour l'intégration du Kosovo et des institutions kosovares dans les organisations multilatérales, mais il est aussi important pour fournir aux citoyens du Kosovo avec les instruments essentiels pour assurer la protection de leurs droits fondamentaux. Les Kosovars sont les seuls citoyens d'Europe qui ne peuvent pas compter sur la protection de la Cour Européenne des Droits de l'Homme, même si, comme indiqué dans différents rapports d’avancement de l'ONU et de l'UE, le Kosovo a enregistré une forte progression dans la mise place d’une démocratie crédible, accompagnée d’une constitution moderne qui protège les minorités et qui garantit des contrôles et arbitrages appropriés.

•    Nous allons continuer à aller de l’avant avec de nouvelles reconnaissances bilatérales et multilatérales. Le plan élaboré par l’émissaire de l'ONU Martti Ahtisaari a été bloqué au Conseil de sécurité de l'ONU par la Russie, nous devons solliciter individuellement chaque pays membre de l'ONU pour obtenir leur reconnaissance. De bons résultats ont été obtenus à ce jour, avec plus de la moitié des membres de l'ONU reconnaissant désormais l’indépendance et la souveraineté du Kosovo. À ce jour, 108 pays du monde entier ont reconnu le Kosovo, et les passeports du Kosovo et autres documents personnels sont reconnus par plus de 170 pays dans le monde. À l'avenir, nous allons continuer à travailler pour obtenir la reconnaissance des cinq pays de l'UE qui n’ont pas encore reconnu le Kosovo. Nous allons aussi tenter d’intégrer des organisations multilatérales jouant un rôle essentiel tant au niveau régional que mondial - nous pensons que ceci est crucial pour le bon fonctionnement de notre pays dans un monde toujours plus interconnecté. Les Kosovars étaient en extase suite à la récente décision du Comité International Olympique (CIO) de reconnaître le Kosovo, permettant la participation des sportifs du Kosovo aux Jeux olympiques sous les couleurs de notre propre drapeau. Je vous rappelle que le CIO, suite à sa décision de reconnaître le Kosovo a déclaré: "Le Kosovo a satisfait aux conditions de reconnaissance, tels que mentionnées dans la Charte Olympique. Cela inclut des conditions sportives et techniques, ainsi que la définition de «pays» au sens de la Règle 30.1 – un État indépendant reconnu par la communauté internationale ".

•    Nous allons continuer avec des programmes innovants et de haut-niveau, intégrés à notre diplomatie publique et numérique qui a déjà attiré l’attention des cercles diplomatiques et médiatiques mondiaux. La Stratégie de Diplomatie Numérique du Kosovo fut saluée par une quatrième place mondiale au classement du magazine Yeni Diplomasi, tandis que l'Institut Américain pour la diplomatie publique a noté que le projet du Ministère des Affaires Étrangères du Kosovo pour permettre la reconnaissance du Kosovo par les réseaux sociaux a été l'un des dix meilleurs moments de diplomatie publique de l’année 2013. Les partenaires du Kosovo tels que le Département d'État des États-Unis et l'ONU ont également constaté notre travail en matière de diplomatie interreligieuse, ayant mis notre pays à disposition pour la mise en place d’une plate-forme de débat mondial sur les questions liées à la religion et la politique étrangère.

•    Enfin, nous allons aussi utiliser la diplomatie comme outil pour attirer des investissements étrangers directs au Kosovo. En tant qu’ancien Premier Ministre, je sais que de nombreux investisseurs intéressés par le Kosovo craignaient son image d’après-guerre. Grâce à notre diplomatie économique, nous cherchons à rassurer les investisseurs quant au potentiel économique du Kosovo. Plusieurs projets importants sont actuellement en cours d'élaboration, avec notamment la station de ski de Brezovica et la centrale électrique Kosova e Re, ainsi que d'autres investissements dans les secteurs minier, de l'énergie, et des télécommunications. Ces investissements bénéficieront également d’un accroissement de l’engagement diplomatique auprès de la communauté des investisseurs. Le Kosovo est en concurrence régionale pour  susciter l'intérêt, et nous devons montrer que la société florissante, jeune et entrepreneuriale du Kosovo peut offrir des partenariats économiques dynamiques, qui profiteront aussi bien aux investisseurs qu’au pays lui-même. Le Kosovo a le meilleur taux de pénétration d’Internet des Balkans et une population jeune, multilingue et instruite. Nous devons mettre en valeur cette facette du Kosovo qui est dissimulée depuis trop longtemps derrière les « gros titres » des médias, évoquant la guerre de 1999 et les défis de la transition d'après-guerre.